Cataclysme, catharsis, catalyse ?
Le cadeau Borloo…
Après l’annonce de Jean-Louis Borloo de ne pas se porter candidat à l’élection présidentielle et au sortir du Bureau National et du Comité Exécutif de ce 4 octobre, quelques réflexions me viennent sur la démarche de l’homme, sur le destin du projet radical et sur l’avenir de notre Parti.
Il y avait évidemment un brin de tristesse et de déception dans les rangs radicaux ce matin-là. Quels que soient les commentaires goguenards entendus et attendus, cette déception évoque l’espoir respectable de femmes et d’hommes de conviction au chevet d’une renaissance apparemment avortée. Mais je ne suis pas sûr, que là encore, les apparences ne soient pas trompeuses…
Et si Jean-Louis Borloo nous avait rendu service ! Si ce relatif cataclysme était “notre big bang” ? Et si ce choc cathartique nous encourageait à sortir maintenant de notre soupe stellaire initiale ? Et si alors, plutôt que de retomber dans le trou noir de notre univers démocratique, nous imaginions une nouvelle super nova politique, authentiquement structurée, innovante et conquérante ? Si nous étions, dès maintenant, le catalyseur de la transformation ?
Voilà ce que m’inspire l’acte courageux et authentique de Jean-Louis Borloo…
Depuis plus de 50 ans, le PR flottait dans les limbes de l’histoire. La qualité de ses dirigeants n’y était pour rien. Mais le poids de l’histoire, le carcan constitutionnel et la dictature des apparences médiatiques avaient transformé le grand ordonnateur de la République en grand ectoplasme. Sous l’impulsion audacieuse de dirigeants éclairés par leurs convictions républicaines et une incontestable intuition politique, l’arrivée de Jean-Louis Borloo a initié un changement de la donne. Dans sa façon de pratiquer l’action publique, une sorte de Real-idéal Politik, Borloo était à l’évidence radical-compatible. A travers les thèmes que le Ministre a eu à traiter, sans conteste avec une hauteur de vue inconnue du champ politique classique et exceptionnelle, il a ouvert un nouveau chapitre à la geste radicale.
L’étincelle Borloo a permis, si ce n’est de redémarrer, du moins de faire entendre de nouveau le moteur à explosion radical, qui fut autrefois vibrant et tonitruant. Et plus encore, il a commencé à changer le moteur, désormais conçu pour être alimenté en air frais, regonflant les poumons « des anciens » et provoquant un appel d’air dans nos rangs.
De ce moment, les polarités de notre Parti se sont trouvées positivement inversées : désormais “l’essence” ne précédait plus l’existence ! Le label Borloo était devenu la nouvelle marque de fabrique radicale.
J’ai fait partie de ceux qui, après avoir eu le sentiment d’être allé en conscience jusqu’au bout de l‘aventure Bayrou, parce qu’il fallait secouer les marronniers d’une République décevante et inquiétante, ont choisi une vraie famille politique en répondant à l’invitation qui m’était faite depuis quelques années. Et c’est sans doute
une des rares familles où l’on a le sens de l’Etat depuis des décennies, ce qui nous fait une parenté avec les gaullistes. Pour ma part, je me sens profondément Radical, au sens étymologique et clémenciste du terme, de ce radicalisme qui se réveille quand l’essentiel est en cause, quand l’heure des grands changements s’annonce.
De ces points de vue, la présidence assurée par Jean-Louis Borloo confortait mon choix. J’aimais, en effet, l’idée d’un homme public des solutions, qui ne pouvait être, comme il vient de le déclarer, un candidat des “confusions”. Et j’aime l’homme, ambitieux et introspectif, exigeant et humain, si singulier dans le monde politique actuel et si novateur.
Pourtant ce retrait de la course présidentielle, que je pressentais, a été pour moi un soulagement. Peut-être parce que je n’avais rien à regretter ou à en attendre personnellement. Plus sûrement parce que je sentais que ce combat arrivait peut-être un peu tard dans la vie bien remplie de cet homme ou trop tôt dans le calendrier politique national.
Au fond, si JLB était un candidat naturel, il ne lui était pas naturel d’être candidat, du moins aujourd’hui. Au moins deux raisons objectives à cela : la trop récente Alliance ne pouvait d’emblée susciter un engouement massif ; la franchise et le courage de JLB, qui assumait un bilan ministériel brillant sous les quinquennats de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy tout en s’engageant pour un changement d’ère, ne rentraient pas dans le prisme des couleurs primaires d’une offre présidentielle.
Et puis, il fallait d’abord que la volonté de rassemblement des centres résiste à des courants divergents, mus par des ambitions parfois relevées d’un zest d’aigreur ou d’une pointe d’esprit de revanche.
Bref, je ne peux partager complètement la tristesse de la plupart de mes amis, tant il me semble que tous les éléments d’un faux départ étaient réunis.
Mais l’espoir du mirage passé, nous radicaux avons aujourd’hui tout le loisir de nous retourner vers nous-mêmes. D’abord pour constater que nous ne sommes pas des centristes. C’est du moins ma conviction. Parce que leur existence est très antérieure à la création des familles politiques du centre, suscitée notamment par une opposition viscérale au Gaullisme. Ensuite, pour assumer et traduire en actes avec fierté notre vocation historique, à l’inverse du simple coup de talon, du “coup politique” sans lendemain, du coup de gueule qui finit en gueule de bois.
C’est pourquoi il fallait sans doute un peu plus de temps d’accoutumance pour arrimer solidement les familles politiques à la nouvelle et utile fédération, au nom syncrétique, l’Alliance. Il fallait un peu plus de temps avant de partir à la bataille. Ce temps est à venir…
Si cette candidature apparaissait finalement de témoignage et de confusion, comment pourrait-il en être autrement pour quelle qu’autre ? Faute de taille critique, elle susciterait de faux espoirs dans une période où le mensonge est le piège de la démocratie. Faute de la capacité réelle de peser, elle serait balayée d’une humiliante façon, qui réduirait pour longtemps tout espoir d’émergence d’une troisième voie aux contours encore à identifier, à la trace sans détours filant vers un large horizon. Enfin, la situation nationale, européenne et mondiale me semblent trop graves pour lancer ainsi des candidatures, qui prêteraient le flanc au reproche légitime de l’insuffisante expérience des choses de l’État.
Bref après le non-candidat naturel, ne commettons pas l’erreur collective d’un candidat artificiel à tout prix, alors même que l’intendance ne suivrait pas. Le Congrès de janvier prochain se prononcera souverainement. Je pense, pour ma part, que la volonté d’exister par principe devra céder devant l’intérêt supérieur de la Nation. Mais il est à craindre que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, certains petits marquis défendront une candidature, comme les wagons s’arriment à une locomotive, pour avancer. Et au risque de tout mettre en péril, ce qu’ils voient comme un tremplin ne permettra que quelques sauts de puces…
La situation me semble donc aujourd’hui plus claire qu’elle ne l’a jamais été. Le temps de la bulle spéculative JLB et des fausses valeurs passées, celui de la contribution à la reconstruction du pays commence, dans la liberté et en lien direct et permanent avec les Français est arrivé. Cela, le Président du Parti Radical s’y engage et avec lui les principaux dirigeants de notre famille politique. Et si notre action doit désormais s’inscrire dans le temps, elle n’exclut pas pour autant notre contribution à la partie présidentielle en cours, de sorte que celle-ci ne s’achève pas comme sur un coup de dès.
La seule démarche qui vaille est d’éclairer le débat en arbitre objectif et de l’orienter en le portant à la hauteur des enjeux considérables de notre temps. Le Parti Radical est en mesure de devenir le tiers de confiance moral des Français, intéressé et désintéressé, ambitieux et altruiste.
Cela n’est envisageable que sur la base d’un projet autonome. Ce projet existe déjà, au moins en partie. Il est radical. Inspiré par les travaux engagés au sein du Parti et par la réflexion personnelle de JLB, il est inscrit dans son ouvrage, attendu courant octobre. Et il sera encore enrichi dans les semaines à venir.
On me rétorquera : belle posture morale, mais combien de divisions ? Je répondrais modestement : l’armée des ombres de notre démocratie constituée de tous ceux qui ne votent pas, incrédules devant le spectacle des ambitions et des querelles personnelles, inquiets des alternances depuis longtemps sans alternative, appauvris par la crise, déboussolés face aux marasmes écologique, financier, sociaux qui révèlent le choix de l’impuissance publique. J’ai la faiblesse de croire encore à la force morale… On me dira sans doute aussi : quel candidat irez-vous investir par procuration?
J’aurais tendance à n’en “désigner” aucun. Mais les déceptions et les craintes peuvent orienter les électeurs vers les apparences les plus évidentes du changement. Parce que ces apparences sont trompeuses, je prends le risque d’être un peu plus précis.
Je suis convaincu que la France des notables de province, qui accéderaient à toutes les responsabilités nationales, n’est pas la solution. Non pas seulement parce qu’il faut veiller à ce que la démocratie respecte son principe vital de l’équilibre des pouvoirs et de l’aménagement constant de contre-pouvoirs, mais plus encore parce que cette France des notables, maires des grandes villes, du plus grand nombre des départements, des Régions n’a pas démontré qu’elle était la France des changements. Le paradoxe de notre histoire actuelle, c’est que cette France est socialiste, tant il semble aujourd’hui assuré que le conservatisme n’est plus un monopole…
Nous devons désintoxiquer la France et les Français. Et à la façon de neutrinos de notre démocratie ramollie, nous devons aller très vite, plus vite que les grandes manufactures politiques, tous ensemble. Nous devons porter plus loin le souffle apporté par Jean-Louis Borloo. Nous devons relayer et démultiplier ce qui a été initié. Nous devons ici et là incarner cette démarche, renouer avec notre identité, par la volonté de transformation et de combat. C’est ainsi que nous allons pleinement nous inscrire dans la modernité et le renouveau. C’est ainsi que demain nous ferons émerger une nouvelle génération d’élus. C’est ainsi que nous serons en mesure de poser les fondations solides d’une famille politique nouvelle. Notre révolution est aussi celle que doit connaître notre pays. Elle commence maintenant.
Samuel CAZENAVE
Président de la Fédération radicale de Charente
Secrétaire national aux collectivités locales et au développement responsable des territoires